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Violences conjugales et alcool : retour sur le 25 novembre à Saint-Georges

L’association !Dsanté, le Centre Hospitalier de Cayenne et l’association D.A.A.C Guyane ont investi la place de la mairie de Saint-Georges de l’Oyapock le jeudi 25 novembre 2021 pour sensibiliser la population au respect et aux addictions afin de prévenir les violences conjugales.


Les violences faites aux femmes : un sujet majeur en Guyane

 

Initiée par l’Organisation des Nations Unies en 1999, la journée du 25 novembre contribue à visibiliser les violences perpétrées à l'égard des femmes dans la sphère publique comme privée. Ces violences peuvent prendre des formes très diverses : violences domestiques, harcèlement ou agressions sexuelles, mariages précoces et forcés, mutilations génitales féminines, trafic d’êtres humains (esclavage, exploitation sexuelle), etc.

 

D’après l’Observatoire National des Violences faites aux femmes, les faits de violences conjugales enregistrés ont augmenté de 42% en France, depuis 2017. L’Outre-Mer n’échappe pas à cette tendance. En 2020, la Guyane est le département français le plus touché par les violences conjugales enregistrées par les services de sécurité : sur 1000 femmes de 20 ans et plus vivant en Guyane, 10.4 sont victimes de violences conjugales. La moyenne en Hexagone est de 2.4 pour 1000 (Ministère de l’Intérieur, 2021).

 

Les données pour quantifier la prévalence du phénomène dans la région de l’Est Guyanais manquent encore. A Saint-Georges de l’Oyapock, l’alcool représente le facteur de risque le plus systématique : la majorité des actes de violences recensés par la Gendarmerie ont été commis sous l’effet de l’alcool (Gendarmerie de Saint-Georges, 2021). Dans cette commune semi-isolée, la parole des femmes sur le sujet des violences conjugales commence tout juste à se libérer et des évènements de sensibilisation sont nécessaires pour soutenir cet élan.

Stand prévention des violences
Stand prévention des violences

Sensibiliser la population de l’Est guyanais aux violences conjugales

 

L’évènement organisé le jeudi 25 novembre à Saint-Georges de l’Oyapock, avec le soutien de la commune, est le fruit d’un travail collaboratif mené tout au long de l’année par l’association !Dsanté et ses bénévoles – un grand merci d’être venus prêter main forte ! –, les équipes du CHC via les coordinatrices OCS et addictologie, la PMI et l’Equipe Mobile de Santé Publique En Commune (EMSPEC) et enfin, l’association D.A.A.C Guyane (Développement, Animation, Accompagnement, Coopération).  Il a eu pour but de sensibiliser la population au consentement et aux addictions afin de prévenir les violences conjugales. Plusieurs activités ont ainsi été proposées à tous les habitants de Saint-Georges.

Un premier stand dédié à la prévention des violences se déclinait en deux activités : l’une pour mesurer la violence grâce à l’outil du violentomètre, et l’autre pour mieux comprendre toutes les formes de respect avec l’arbre du respect. La population a également pu s’adonner à  la création de t-shirts « mains violettes ». Les participants étaient invités à apposer leur main recouverte de peinture violette sur un t-shirt blanc pour y laisser leur empreinte et repartir avec un souvenir de l’événement. Une activité riche en symbole puisque la main violette constitue dans le mouvement féministe un symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes.

 

 

Dans un deuxième stand de prévention des addictions, les participants ont pu répondre à des quiz permettant de partager des informations essentielles. Impossible en effet d’aborder la violence sans mentionner les addictions : les différentes formes d’addictions à l’alcool et/ou aux drogues sont autant de facteurs de risques de violences, tout particulièrement des violences intrafamiliale et conjugale. Face aux addictions, les femmes comme les hommes peuvent être concernés. Une attention particulière a été portée au problème de la consommation d’alcool pendant la grossesse pour alerter sur le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF).

 

Une enfant appose son empreinte
Une enfant appose son empreinte

Visuels de prévention des addictions
Visuels de prévention des addictions

 

Un troisième stand s’articulait autour d’activités destinées à renforcer l’estime de soi, qui est fortement mise à mal dans un contexte de violences. Ainsi, des ateliers bien-être (coiffure et mise en beauté) et un shooting photo ont été proposés. Avec l’aide d’un jeu de carte, la population a été invitée à prêter attention aux émotions, et à savoir identifier un mal-être afin de mieux cibler comment le surpasser ou demander de l’aide.

 

Pour permettre aux adultes de circuler librement entre les activités, un stand de divertissement a été totalement consacré aux enfants avec un jeu de chamboule-tout. Enfin, un stand de ravitaillement était accessible à tous les gourmands, enfants comme grands enfants. L’action s’est conclue par un flashmob, pour terminer la mobilisation du 25 novembre sur une note festive. 

Place de la mairie de Saint-Georges, le 25/11/2021
Place de la mairie de Saint-Georges, le 25/11/2021

Transparence institutionnelle et données sur les violences

 

En fin de journée, une réunion a été organisée par la gendarmerie de Saint-Georges. Une quarantaine de professionnels ont pu échanger sur le contexte local en termes de violences. La gendarmerie a ainsi partagé ses chiffres afin de mieux appréhender le phénomène à l’échelle de la commune:

  • 15 procédures pour violences intraconjugales ont été menées en 2020, contre 27 à la date du 25 novembre 2021
  • 5 plaintes ont été déposées en 2020 contre 16 en 2021.

Ces chiffres ne traduisent pas nécessairement une augmentation de la violence conjugale mais démontrent notamment le travail de fond mené par les associations qui incitent les victimes à aller en justice. En effet, confronter les auteurs de violences à la justice et, surtout, obtenir une réponse judiciaire, encourage les femmes victimes à ne pas normaliser la violence et à lutter contre sa banalisation.

Membres organisateurs de l'évènement 25/11/2021
Membres organisateurs de l'évènement 25/11/2021

Un travail de longue haleine portés par des partenaires engagés

 

Les contextes socio-économiques difficiles des communes isolées et semi-isolées ne doivent pas décourager les actions de sensibilisation et de prévention. Tout le travail de fond mené par les partenaires contribue petit à petit à une meilleure reconnaissance du phénomène des violence liées au genre. De plus, les actions à destination de la population guyanaise contribuent progressivement à une prise de conscience collective.

 

 

L’organisation de la journée du 25 novembre ajoute une pierre à cet édifice. Cette année, le succès de la journée est particulièrement encourageant, et donne sens au travail quotidien de tous les acteurs impliqués sur le territoire !